Exposition Cadrages Paysages

Exposition monographique sur les travaux de l’agence présentée au Forum d’urbanisme et d’architecture de la ville de Nice du 24 mai 2015 au 19 septembre 2015

  • Commanditaire : Ville de Nice
  • Commissaire d’exposition  : Raphael Magrou
  • Scénographie : Comte & Vollenweider
  • Photographes exposés : S. Demailly, L. Boegly, M. Servelle, A. Amoretti, T. Shimura
  • Site : Place Yves Klein Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain

Construire, c’est collaborer avec la terre : c’est mettre une marque humaine sur un paysage qui en sera modifié à jamais, c’est contribuer à ce lent changement qu’est la vie des villes.

Marguerite Yourcenar, Les mémoires d’Hadrien

plan simplifié

PAYSAGE – CADRAGES : deux termes essentiels à la démarche commune des architectes Pierre-André Comte et Stéphane Vollenweider, termes qu’ils envisagent suivant une unité de lieu et de temps. Depuis leur agence implantée sur l’avenue de France à Nice, ils opèrent sur le PAYSAGE si caractéristique du littoral de la côte d’Azur, doté de magnifiques reliefs abrupts qui dégringolent dans la mer Méditerranée et s’adoucissent par moment pour dessiner des courbes littorales appelées Baie des Anges, Promenade des Anglais ou Croisette. Autant de situations plurielles avec lesquelles ces concepteurs font interagir leurs constructions par l’entremise de CADRAGES. Ces ouvertures dépassent le statut de simple fenêtre, tant ils exploitent l’épaisseur de la façade, suggérant des profondeurs insoupçonnées. Qu’il s’agisse d’équipements ou de logements, ces vues proches et lointaines établissent des dialogues féconds entre les usagers et le site dans lequel ils habitent, prolongeant le regard vers des horizons à considérer tout en préservant l’intimité de chacun. Une méthodologie appliquée quel que soit le contexte, azuréen ou encore parisien, en atteste l’opération Home. Concentrés sur l’équilibre savant entre figure urbaine et confort de vie optimal, ces architectes se détachent de toute stylistique qui caractériserait une mode, afin de livrer une œuvre qui soit avant tout pérenne et sensible au territoire sur lequel elle s’implante.

L’histoire commence avec l’extension d’une maison sur les hauteurs de Roquebrune-Cap-Martin, en prémices de la fondation de leur agence. Là, en guise de pièce à vivre complémentaire, Pierre-André Comte et Stéphane Vollenweider fabriquent un espace dont une face est découpée par une grande ouverture vitrée en surplomb du contexte proche, en observatoire du lointain. Par cet encadrement, l’espace intérieur est comme prolongé jusqu’à l’infini qui confond ciel et mer, et le regard happé par cette immensité. Par la suite, dans chaque projet, systématiquement, ils vont chercher une cohérence à la fois culturelle et paysagère, que la localisation soit idyllique ou délicate, et explorer des compositions qui respecte le terrain hôte, au sein d’un territoire particulièrement meurtri par la spéculation immobilière, combinaison de lotissements et de zones d’aménagement pas toujours bien concertées. « La force du bâtiment, c’est son ancrage  ». À chaque situation correspond une narration particulière qu’ils développent au cas par cas. Au pôle d’aviation de Cannes Mandelieu, la nef du H16 qui jouxte le tarmac oriente les vues vers la butte Saint-Cassien, laquelle constitue le fond de scène des va-et-vient des jets privés. De l’autre côté, un appareil optique composé de prismes, pointes de diamants fabriquent un filtre visuel, écran translucide structuré qui caractérise ce qui ne devait être qu’un hangar, devenu édifice précieux entre les mains de ces architectes. A proximité, sur les hauteurs de la Bocca, les restanques modelées pour accueillir les terrains de tennis de l’Aslm permettent de focaliser les yeux des joueurs vers les pentes luxuriantes découpées par les structures polygonales des couvertures. Ainsi, s’appliquent-ils à faire en sorte que « l’édifice révèle le site ». Plus à l’Est, au milieu du parc de Sophia Antipolis, les grandes portes des ateliers débouchent vers le jardin intériorisé de la cité artisanale de Valbonne afin d’apporter la convivialité souhaitée par les occupants, dont l’avis a été intégré en amont de la conception. Ou encore, dans la résidence du Cédrat à Nice, contexte ingrat car bordé par la voie rapide : à défaut de vues sur le large, Comte Vollenweider Architectes creusent des loggias, les badigeonnent de bleu Klein afin de convier l’intensité du bleu dans l’édifice lui-même.

 

Une architecture contextuelle contemporaine

« Nous essayons de construire juste à une période donnée, sans chercher à “sur exister”, et tentons d’être en accord avec notre temps. Ensemble nous visons à être “justement contemporains” ». Comte Vollenweider Architectes puisent donc dans le génie du lieu, en respect de son histoire, de ses traces susceptibles de suggérer une posture. Il ne s’agit en aucun cas d’imposer une figure, une signature, mais bel et bien d’étudier des articulations de pleins et de vides qui soient au service des usages. Aussi, leurs compositions arrangent-elles des volumes géométriques simples, afin de viser une architecture qui ne soit pas sous le diktat d’une mode quelconque, d’un formalisme capricieux, mais qui vise à tisser une relation équilibrée entre le site et la construction, la nature et l’artifice, entre ce qui est déjà là et ce qui y est projeté et bâti, hic et nunc, ici et maintenant. Afin d’atteindre cet objectif délicat, les matérialités déployées sont savamment étudiées. À la manière de l’architecte américain Louis Kahn, la frugalité de leur palette matérielle accompagne cette attention de réaliser des édifices intemporels en envisageant la plupart du temps une dualité matérielle – bois/béton, métal/béton, verre/béton, etc. – concertée pour chaque construction entre en résonnance avec son contexte. Des sensorialités plurielles émanent de leurs architectures : là, la texture du béton, ici, le soyeux du métal, ou encore les veinures du bois qui confortent cette dimension domestique, toujours conjugués à des espaces laissant une certaine liberté d’appropriation. De la conception à la réalisation, chaque composante est particulièrement soignée afin de générer des orientations optimales, tout en se prémunissant le cas échéant de nuisances sonores ou visuelles puisque le paysage de leurs conceptions est souvent urbanisé.

Si la relation tangible du relief à l’horizon caractérise le pays azuréen, participant de sa puissance évocatrice – voire mythologique –, sa lumière est une source réjouissante dont il faut savoir prendre la juste mesure. Suivant une maîtrise aguerrie grâce à leur expérience, Comte Vollenweider Architectes déclinent dans leurs ouvrages une multitude de systèmes qui tamisent, tempèrent ou encore protègent les usagers des rayons de notre étoile céleste, par des jeux de matières, d’orientations subtiles, de filtres, de claustras ou encore de lames. « Ce n’est pas qu’une question fonctionnelle ou de confort. La confrontation site – programme est pour nous une gymnastique mentale qui nous porte à une dimension plus sensuelle ou émotionnelle » précisent-ils. De nouveau, la façade prismatique du H16 de l’aérodrome de Cannes-Mandelieu en témoigne. Dans une autre mesure, les opérations de logements déclinent des rythmes pluriels en façade pour régler et contrôler cette luminosité abondante : résidence les Passantes à Mouans-Sartoux, les creux des volumes sont animés par des persiennes en bois repliables et modulables en accordéons, brise-soleil devenus rythmiques fixées sur les terrasses filantes des habitations Gallienice ; plus vulnérable à l’Ariane, ils vont muter en persiennes métalliques dont le matériau forme le glacis de l’ensemble. La logique est contextuelle, non seulement dans sa dimension géographique que sociologique. En fonction du moment de la journée ou de la saison, les façades s’animent au gré des appropriations des habitants. Derrière ces paravents dynamiques, ce sont des typologies variées de logements qui se déploient, favorisant des orientations multiples et une certaine flexibilité d’usage. Malgré des programmes contraints en surfaces, les plans des logements combinent des imbrications spatiales ingénieuses. Et c’est dans les interstices de ces volumes habités que Comte Vollenweider Architectes explorent des lieux de rencontres conviviaux en déployant des plateformes étirées en promenades ou coursives suspendues, comme autant de rues et de places à l’esprit villageois. Une manière subtile d’accompagner le lien entre habitants.

 

Du processus de conception

« Ne se pose pas la question d’appartenance de tel ou tel projet. Chacun est fait en commun ». Telle une chimère à deux têtes, le binôme Comte et Vollenweider compose à deux mains, de façon complémentaire, l’un étant droitier, l’autre gaucher. De fait, se dégage de ce duo une certaine inertie, inertie qui fait leur force. Chaque concours passe par diverses recherches. Au commencement, le dessin permet d’esquisser les traits essentiels du projet. Incontournable, la maquette d’étude autorise de multiples tests et vérifie ces préalables : « elle permet de vérifier très tôt les intentions de projet et elle limite en même temps les marges d’interprétation ». Suivant une approche plus empirique que méthodique, chaque projet est l’occasion d’examiner des postures et matérialités qui soient adaptées au contexte donné. L’ensemble fabrique un arsenal d’expériences qui alimentent les suivantes, “architecture de papier” des projets non réalisés inclus. Pour autant, nul compromis n’est fait dans leurs conceptions, puisqu’ils ont déjà éprouvé leur argumentaire l’un vis-à-vis de l’autre avant de le présenter aux collaborateurs ou plus tard au commanditaire. En ce sens, l’une des exigences de l’agence est de systématiquement remettre en question la matière programmatique pour en extraire une typologie : « faire la synthèse site-programme-budget et piloter différents acteurs pose nécessairement une posture critique de la part de l’architecte » précise l’un. «  Quel que soit le problème : l’architecte est responsable, d’où l’exigence et le souci du détail et de la cohérence globale du projet » ajoute l’autre. Ainsi, dépassent-ils les attentes du client en suggérant des postures supplémentaires à celles attendues.

La dimension environnementale ? Elle est intrinsèque à chaque projet. Mais, au lieu d’une démonstration énergétique par l’exhibition de matériaux écologiques ou encore d’appareils technologiques, Comte Vollenweider Architectes puisent dans le bon sens, la juste orientation, l’équilibre des pleins et des vides pour arranger ventilation ou encore exposition, et se concentrent sur la dimension vécue. En accompagnement, divers partenaires contribuent à cette dynamique, comme le paysagiste François Navarro avec qui ils ont réalisé la Cité Artisanale de Valbonne dont le jardin intérieur fait partie intégrante du projet. Ou encore avec des ingénieurs structure, une nécessité dans cette région sismique où chaque construction est soumise à des règles complexes qu’il faut savoir intégrer très tôt dans la conception. Un seul objectif les tient : « construire des bâtiments qui offrent une expérience de vie supérieure à la nôtre dans un souci de l’ouvrage bien construit, bien réalisé, si possible bien pensé, accompagné du souci de l’architecte de mettre à l’abri ». À regarder les constructions actuelles, cette mission apparemment essentielle semble avoir été oubliée par nombre de concepteurs. Comte Vollenweider Architectes en ont fait leur priorité.

Rafaël Magrou

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